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mardi 29 août 2017

La démission


« Ah, c’est comme dans le livre d’Amélie Nothomb! Tu sais de quoi je parle, hein? »


Oui, je sais. 
Stupeur et Tremblements. 
Et ces temps-ci je me dis que je devrais le relire. 
Les gens qui me connaissent bien savent qu’il y a quelque chose qui me dérange dans l’approche de Nothomb et que je n'aime pas quand on tire un parallèle entre ses histoires et « la vie au Japon ». Bien sûr, je comprends le procédé littéraire, le récit de vie romancé on ne sait pas où, l’autofiction avant que le mot ne devienne à la mode. J’aime juste pas que les gens prennent ça « pour du cash ».

Je parlais de mes histoires de travail à un ami bédéiste l’autre jour et il s’est exclamé: « Tu devrais raconter cette histoire! ». Mais je n’ai ni le talent ni le temps ni l’envie de ruminer mes dernières années à travailler pour une compagnie « noire » au Japon, une compagnie reconnue comme étant un mauvais employeur…


Et puis la réaction de tout le monde serait la même: « Ah, c’est comme dans le livre d’Amélie Nothomb! ».
Sauf que selon le souvenir que j’en garde, la narratrice du roman est humiliée, pratiquement torturée psychologiquement par un duo de personnages pervers; une collègue et un chef, si je me souviens bien. Ou peut-être que ma mémoire fait défaut et que ce n’est qu’un roman sur une Belge frustrée de nettoyer les toilettes au Japon (mais si personne ne les lave..!).

Je ne suis pas humiliée par quiconque, je n’ai pas été torturée, rassurez-vous. La plupart de mes patrons directs ont été corrects ou bien médiocres mais gentils (j’ai changé de directeur 7 fois en 4 ans). Par exemple, mon patron actuel est un mou-mais-fier qui ment pour rentrer plus tôt chez lui le soir et qui avoue à moitié n’écouter que d’une oreille quand ses patrons lui parlent. Inoffensif. 

Ce que je dirai par contre c’est que nous avons tous nos limites, mentales et physiques. Je voudrais pouvoir annoncer que je quitte mon emploi simplement parce que « je veux faire autre chose », mais peut-être qu’avant de tout oublier et mettre derrière moi, je voudrais rendre mon expérience utile à d’autres…


Vous reconnaissez-vous?
  1. À l’embauche, le travail vous paraissait demandant mais vous aviez l’énergie et la motivation pour tout surmonter! Sans porter des lunettes roses, vous étiez quand même capable de dire des absurdités du genre: « ah, mais pas de problème! Je vais faire une quinzaine de minutes supplémentaires pas payées chaque jour pour finir XYZ tâche! » (qui, bizarrement, est demandée quotidiennement alors qu’il n’y a aucune case horaire disponible pour que ce soit possible de la finir pendant les heures payées). Les employés plus expérimentés vous détestaient déjà un peu d’avoir dit ça, et oh combien vous les comprendriez plus tard!…
  2. Après 2 semaines de boulot, vous êtes à un point d’épuisement physique tel que vous dormez à table chaque soir, au souper.
  3. Mais c’est pas grave et vous avez un « high » surhumain parce que vous avez rencontrée l’âme soeur et que vous êtes capable de pas trop réfléchir au travail! Wouhou! De toute façon, les patrons disent du bien de vous, vous allez bien avoir une promotion à la fin de votre contrat, right?
  4. Après un an, votre patron vous montre votre nouveau contrat et c’est vraaaaaaaiment pas ce à quoi vous vous attendiez, mais il vous dit honnêtement qu’il a eu toutes les misères du monde à convaincre la direction d’augmenter votre salaire. Oh, et on vous avait dit à l’embauche qu’on vous plaçait dans un poste et un lieu de travail connu comme étant particulièrement difficile au sein de la compagnie mais que vous seriez rapidement récompensée parce que vos conditions sont reconnues comme étant les plus pénibles dans l'entreprise.
  5. Pas trop le moral et vous commencez à être un peu mémère amère avec les collègues. 
  6. En plus, vous vous sentez constamment surveillée par des superviseurs. Une dans votre lieu de travail qui est "rétentive anale", comme dirait Freud, les autres qui vous confirment que Big Brother is watching you en montrant aux réunions mensuelles des vidéos de vos collègues filmés à leur insu en train de faire une gaffe. À quand votre tour?
  7.  Deuxième renouvellement de contrat. Même chose que la première fois, sans la surprise. Vous suppliez votre patron qu’au moins, si on ne vous donne pas mieux côté conditions, qu’on vous envoie dans un poste différent. Il vous demande d’attendre et il a la gentillesse, avec un autre ami en position de faire des pressions dans la compagnie, d’essayer d’exaucer votre voeu.
  8. Vous êtes décidément vraiment amère et ça parait un peu dans votre travail. Mais c’est pas grave parce que vos collègues le sont encore plus que vous. 
  9. Numéro 9 est censuré dans ce récit sur avis légal. Et parce que vous voulez quand même trouver un autre emploi un jour.
  10. Vous êtes transférée dans un nouveau lieu de travail qui est tellement plus plaisant et moins stressant que vos deux années précédentes, que vous vous demandez pourquoi vous avez souffert deux ans sans vous plaindre plus fort. Vous saviez que ce genre de poste existait, mais on vous faisait croire qu’il était réservé à des élus de la médiocrité, à des employés sans talent qui n’avaient pas votre potentiel — vous, on vous gardait la crème de la crème des postes chiants parce qu’on croyait si fort en vous! (pour le même salaire que les autres…)
  11. Ceci dit, votre travail est quand même extrêmement demandant physiquement et mentalement. Et il est toujours aussi important que vous respectiez des règles du genre: interdit de s’asseoir pendant les heures de travail, interdit de boire dans la salle de travail (que vous ne pouvez quitter qu’à quelques rares moments dans vos huit heures de travail).
  12. Au renouvellement de contrat, votre nouveau patron cool-mou (qui fait du harcèlement sexuel intense à une de vos collègues) vous dit que la compagnie ne peut pas vous accorder de hausse salariale. La raison: vous avez déjà le salaire le plus élevé de la compagnie en ce qui a trait à vos fonctions. Évidemment la compagnie veut vous garder, mais si vous voulez « à tout prix » une hausse, il faut postuler pour un changement de fonction et occuper un poste que vous ne voudriez jamais faire.
  13. Vous démissionnez.
  14. La direction des ressources humaines vous convainc de rester car on met au point un nouveau système de promotion. Les chiffres sont intéressants, vous n’auriez pas vraiment de tâches ajoutées et avec votre expérience il est certain que vous passeriez l’examen. Vous restez.
  15. Entre temps un nouveau système de réunions mensuelles est mis sur pied par une nouvelle équipe. Pendant la réunion, les noms des employés sont tirés au sort pour aller faire des présentations sans préparation devant les 70 personnes réunies dans la pièce. Les portes sont verrouillées de l’extérieur pendant ces réunions de 3 heures pour empêcher les « impolis qui vont aux toilettes » de sortir. Un enragé vous prévient (en gueulant presque) de la seule position assise acceptable (les deux pieds au sol, le dos droit et les avant-bras sur le bureau) dans cette pièce et que vous êtes filmés et photographiés en ce lieu. « N’oubliez pas, surtout si vous appliquez pour la promotion… ».
  16. Examens, entrevue, évaluation: tout est terminé et réussi avec une excellente note. Bravo! Vous obtenez la promotion! 
  17. DÉMISSION POUR VRAI.
  18. Fin


Qu’est-ce qui cloche dans cette histoire?
Dans mes moments de détresse, je suis revenue en pensée dans mon enfance. Vous vous rappelez des fables illustrées de La Fontaine qu’on nous faisait lire? 
 Vous rappelez-vous de celle-ci?


Le Chêne et le Roseau


Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.




Elle m’aurait été beaucoup plus utile à apprendre par coeur que la philosophie corporative de la compagnie.

Je la prend en ce sens: qu’à force de se dire qu’on est fort, qu’on est capable, qu’on aura notre récompense au bout — une augmentation après un an, un bonus, une promotion, un collègue qu’on aime pas qui va finir par partir, la retraite, etc.— on accepte une situation qui nous est personnellement intenable au quotidien. Ça affecte le moral, le sommeil, l’alimentation, la santé, la vie sociale, et finalement notre personnalité et ce qu’on a vraiment envie d’être et de vivre.

Pliez au vent, pliez aux imprévus de la vie, acceptez de ne pas être un élément fixe dans un décor qui ne change jamais.

Moi, je m'en vais courir dans le vent!


vendredi 15 novembre 2013

En entrevue

«Vous ne vous ressemblez pas sur la photo...
- Eh bien, vous non plus, en fait, vous aviez des lunettes sur la photo du site web!
-Ah, c'est vrai? Hahaha!
»

Extrait de ma dernière entrevue, plutôt relax, cet après-midi. J'en ai eu trois cette semaine, pour trois emplois différents dans le domaine de l'enseignement.

Deux des entrevues ont eu lieu au siège social de compagnies et j'avoue m'être attendue à du zèle, côté protocole. Des courbettes, des entrevues devant un panel de trois-quatre monsieurs en veston-cravate qui vous fixent et qui notent vos réponses de temps en temps, des signatures, un « nous vous rappellerons la semaine prochaine si vous êtes choisie » sans sourire, et tous les autres trucs à vous faire tremper les dessous de bras.

Et je suis heureuse de vous dire que rien de cela ne s'est produit! Les trois entrevues se sont passées sans problème, dans une atmosphère sinon calme, du moins souriante. Suivi de causerie et « votre candidature nous intéresse beaucoup, nous vous contacterons certainement bientôt!». Et déjà un retour positif d'une compagnie très intéressante.

En fait, pas très différent des entrevues que j'ai passées à Montréal.
Sauf qu'au Japon, en entrevue comme dans pas mal d'autres situations, il faut s'attendre aux questions personnelles. Les trois compagnies m'ont posée la classique : « Qu'êtes-vous venue faire au Japon?» et deux m'ont demandé quels étaient mes plans à long terme. « Fair enough », comme on dit, pour des emplois réservés aux expatriés, avec des compagnies qui doivent fréquemment voir leurs employés se rapatrier.
Dans une entrevue, c'est devenu plus corsé, par contre. On avait préparée une liste de 300 questions auxquelles je devais répondre (par écrit) par oui ou non.  Je pense en fait que ça sortait tout droit d'un livre pour tester les psychopathes, avec des questions du genre : «Avez-vous déjà souhaité la mort de quelqu'un?», « Pensez-vous que vos parents vous ont aimé?» et (my personal favorite) « Avez-vous déjà eu une pensée tellement grave que vous n'oseriez jamais en parler à personne? ».
« Ah oui, ça oui! Tout les jours! C'est pour cela d'ailleurs que j'applique chez vous, pour travailler avec des enfants! »

Ouff... Mais je me suis tout de même demandé si de temps en temps il y en a des assez déconnectés pour répondre des trucs louches dans le cadre d'une entrevue d'embauche. Faut quand même une raison pour faire passer ce questionnaire à chaque personne interviewée.
« C'est simplement pour savoir si votre profil correspond à notre compagnie. 
-Moi, mon profil il correspond plutôt à la prison! », de répondre l'autre, avec ses yeux de malade.

Donc voilà. Et aux dernières nouvelles, je suis pas mal sûre de commencer un nouvel emploi le 9 décembre. Yahou! J'vous en reparle bientôt!

En attendant, ce vidéo est un peu vieux, mais je l'aime bien...



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