samedi 2 septembre 2017

J'aime Yumi Katsura





Connaissez-vous la créatrice de mode Yumi Katsura?
Si vous tapez son nom dans un moteur de recherche, vous tomberez surtout sur des photos de robes de mariée, mais en fait Yumi Katsura se distingue selon moi beaucoup plus par ses créations non-nuptiales inspirées de l'art japonais, sa collection Yumi Yuzen, présentée depuis quelques années dans le circuit haute-couture/prêt-à-porter, un vrai délice pour les yeux.

Yumi Katsura est née à Tokyo en 1932 et a étudié la couture à Paris après avoir terminé ses études supérieures au Japon, partageant, selon Wikipédia, l'univers de grands créateurs comme Balmain, Yves Saint Laurent, Pierre Cardin... 

Ça c'est impressionnant, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. Il est très difficile d'avoir accès à des archives photo des collections plus anciennes de Katsura mais il semble qu'en parallèle à sa carrière de designer de robes nuptiales (la plus connue au Japon, apparemment), elle se soit intéressée de plus en plus au kimono et aux techniques artisanales traditionnelles. Elle n'a probablement pas vraiment eu le choix, en fait, puisque plusieurs couples optent encore pour le mariage en kimono et que business oblige il fallait offrir cette option à la clientèle.

Dès 2003, Yumi Katsura commence à présenter à Paris et à Rome des collections non-nuptiales inspirées par l'art et l'artisanat japonais. Robes cocktail en yuzen sur soie (le yuzen est une technique pour le teinture de motifs extrêmement détaillés, utilisée pour les kimonos), tenues de soirée dorées inspirées des peintures de l'école Rimpa. Et même, dans sa collection automne-hiver 2017-2018, deux manteaux sport (celui pour femme est à 1:11 dans le vidéo ci-haut) avec manches et col de kimono (gasp).


Quand ma mère m'a rendu visite en mai dernier, nous avons essayé de visiter l'exposition retrospective de Yayoi Kusama (My Eternal Soul, quel beau titre) au National Art Center mais avons vite découvert qu'une semaine avant la fin de l'expo, la file d'attente pour entrer au musée était de plus de deux heures --et celle pour entrer à la boutique du musée? 30 minutes!... Sous la pluie, ce n'était pas une option vraiment intéressante, même si une file de 500 mètres de gens était d'avis contraire.

Nous avons donc marché dans le quartier et sommes tombées sur la fameuse boutique de Yumi Katsura, par hasard. Je m'étais renseignée plusieurs fois sur le web mais comme à mon habitude je ne suis vraiment pas à l'aise d'entrer dans une boutique haut-de-gamme, je ne m'étais jamais décidée à m'y rendre.
Ça et que même en faisant beaucoup de recherches sur le web, je ne trouvais pas d'info sur les prix, qu'évidemment on imagine bien élevés...

J'ai demandé à ma mère si ça la dérangerait d'y entrer avec moi. Elle était partante, surtout qu'il y avait un café au deuxième étage: "On va faire semblant d'être une famille de péteuses riches, Ariane! Prout prout ça sent la madame d'Outremont!". 

C'est beeeeeaaaau.
Après avoir bu notre café, j'ai pris mon courage à deux mains et nous sommes montées à l'étage de la collection soirée (elle est nommée comme ça dans la boutique, cependant que la collection contienne des robes soleil et autres vêtements moins formels). Nous étions les seules à l'étage et évidemment les vendeuses se sont jetées sur nous, quoi qu'avec un peu de gêne puisqu'elles ne savaient pas si nous comprenions le japonais. J'avais peur de prendre un cintre ou de regarder trop longuement une pièce, peur qu'on me propose de l'essayer et que ce soit trop cher mais j'ai fini par montrer ma vraie nature (en tout cas, celle de mon porte-feuille) et plonger ma main loin loin loin dans une robe pour en ressortir l'étiquette avec le prix ("ben non, c'est juste pour vérifier les matériaux").

Pour ceux que ça intéresse, une robe de soirée: 100,000 yens avant taxes (1125 dollars canadiens), ce qui me paraît "raisonnable" vue la très grande qualité des matériaux et du travail, sans compter l'originalité des pièces. Évidemment, si vous êtes comme mon mari, qui trouve qu'un jeans à 30$ chez Uniqlo, c'est du vol...

Résumé: j'aimerais un jour avoir assez d'argent pour me permettre une folie...
Hahaha...

D'ici là, mes pièces préférées de la collection automne/hiver 2017-2018:


Les imprimés de l'éléphant de Towaraya Sotatsu (peintre du 17e siècle) et boucle rappelant le obi noué en papillon.


Robe dont la partie inférieure intègre des volants rappelant les manches d'un kimono, peut-être que l'effet voulu est celui d'un kimono chic noué à la taille.


Le fameux manteau d'hiver avec col et manches de kimono.


La robe calligraphiée.



Toutes les photos proviennent du Vogue UK.

Le site japonais de Yumi Katsura présente un historique en photo de la carrière de Yumi Katsura.




mardi 29 août 2017

La démission


« Ah, c’est comme dans le livre d’Amélie Nothomb! Tu sais de quoi je parle, hein? »


Oui, je sais. 
Stupeur et Tremblements. 
Et ces temps-ci je me dis que je devrais le relire. 
Les gens qui me connaissent bien savent qu’il y a quelque chose qui me dérange dans l’approche de Nothomb et que je n'aime pas quand on tire un parallèle entre ses histoires et « la vie au Japon ». Bien sûr, je comprends le procédé littéraire, le récit de vie romancé on ne sait pas où, l’autofiction avant que le mot ne devienne à la mode. J’aime juste pas que les gens prennent ça « pour du cash ».

Je parlais de mes histoires de travail à un ami bédéiste l’autre jour et il s’est exclamé: « Tu devrais raconter cette histoire! ». Mais je n’ai ni le talent ni le temps ni l’envie de ruminer mes dernières années à travailler pour une compagnie « noire » au Japon, une compagnie reconnue comme étant un mauvais employeur…


Et puis la réaction de tout le monde serait la même: « Ah, c’est comme dans le livre d’Amélie Nothomb! ».
Sauf que selon le souvenir que j’en garde, la narratrice du roman est humiliée, pratiquement torturée psychologiquement par un duo de personnages pervers; une collègue et un chef, si je me souviens bien. Ou peut-être que ma mémoire fait défaut et que ce n’est qu’un roman sur une Belge frustrée de nettoyer les toilettes au Japon (mais si personne ne les lave..!).

Je ne suis pas humiliée par quiconque, je n’ai pas été torturée, rassurez-vous. La plupart de mes patrons directs ont été corrects ou bien médiocres mais gentils (j’ai changé de directeur 7 fois en 4 ans). Par exemple, mon patron actuel est un mou-mais-fier qui ment pour rentrer plus tôt chez lui le soir et qui avoue à moitié n’écouter que d’une oreille quand ses patrons lui parlent. Inoffensif. 

Ce que je dirai par contre c’est que nous avons tous nos limites, mentales et physiques. Je voudrais pouvoir annoncer que je quitte mon emploi simplement parce que « je veux faire autre chose », mais peut-être qu’avant de tout oublier et mettre derrière moi, je voudrais rendre mon expérience utile à d’autres…


Vous reconnaissez-vous?
  1. À l’embauche, le travail vous paraissait demandant mais vous aviez l’énergie et la motivation pour tout surmonter! Sans porter des lunettes roses, vous étiez quand même capable de dire des absurdités du genre: « ah, mais pas de problème! Je vais faire une quinzaine de minutes supplémentaires pas payées chaque jour pour finir XYZ tâche! » (qui, bizarrement, est demandée quotidiennement alors qu’il n’y a aucune case horaire disponible pour que ce soit possible de la finir pendant les heures payées). Les employés plus expérimentés vous détestaient déjà un peu d’avoir dit ça, et oh combien vous les comprendriez plus tard!…
  2. Après 2 semaines de boulot, vous êtes à un point d’épuisement physique tel que vous dormez à table chaque soir, au souper.
  3. Mais c’est pas grave et vous avez un « high » surhumain parce que vous avez rencontrée l’âme soeur et que vous êtes capable de pas trop réfléchir au travail! Wouhou! De toute façon, les patrons disent du bien de vous, vous allez bien avoir une promotion à la fin de votre contrat, right?
  4. Après un an, votre patron vous montre votre nouveau contrat et c’est vraaaaaaaiment pas ce à quoi vous vous attendiez, mais il vous dit honnêtement qu’il a eu toutes les misères du monde à convaincre la direction d’augmenter votre salaire. Oh, et on vous avait dit à l’embauche qu’on vous plaçait dans un poste et un lieu de travail connu comme étant particulièrement difficile au sein de la compagnie mais que vous seriez rapidement récompensée parce que vos conditions sont reconnues comme étant les plus pénibles dans l'entreprise.
  5. Pas trop le moral et vous commencez à être un peu mémère amère avec les collègues. 
  6. En plus, vous vous sentez constamment surveillée par des superviseurs. Une dans votre lieu de travail qui est "rétentive anale", comme dirait Freud, les autres qui vous confirment que Big Brother is watching you en montrant aux réunions mensuelles des vidéos de vos collègues filmés à leur insu en train de faire une gaffe. À quand votre tour?
  7.  Deuxième renouvellement de contrat. Même chose que la première fois, sans la surprise. Vous suppliez votre patron qu’au moins, si on ne vous donne pas mieux côté conditions, qu’on vous envoie dans un poste différent. Il vous demande d’attendre et il a la gentillesse, avec un autre ami en position de faire des pressions dans la compagnie, d’essayer d’exaucer votre voeu.
  8. Vous êtes décidément vraiment amère et ça parait un peu dans votre travail. Mais c’est pas grave parce que vos collègues le sont encore plus que vous. 
  9. Numéro 9 est censuré dans ce récit sur avis légal. Et parce que vous voulez quand même trouver un autre emploi un jour.
  10. Vous êtes transférée dans un nouveau lieu de travail qui est tellement plus plaisant et moins stressant que vos deux années précédentes, que vous vous demandez pourquoi vous avez souffert deux ans sans vous plaindre plus fort. Vous saviez que ce genre de poste existait, mais on vous faisait croire qu’il était réservé à des élus de la médiocrité, à des employés sans talent qui n’avaient pas votre potentiel — vous, on vous gardait la crème de la crème des postes chiants parce qu’on croyait si fort en vous! (pour le même salaire que les autres…)
  11. Ceci dit, votre travail est quand même extrêmement demandant physiquement et mentalement. Et il est toujours aussi important que vous respectiez des règles du genre: interdit de s’asseoir pendant les heures de travail, interdit de boire dans la salle de travail (que vous ne pouvez quitter qu’à quelques rares moments dans vos huit heures de travail).
  12. Au renouvellement de contrat, votre nouveau patron cool-mou (qui fait du harcèlement sexuel intense à une de vos collègues) vous dit que la compagnie ne peut pas vous accorder de hausse salariale. La raison: vous avez déjà le salaire le plus élevé de la compagnie en ce qui a trait à vos fonctions. Évidemment la compagnie veut vous garder, mais si vous voulez « à tout prix » une hausse, il faut postuler pour un changement de fonction et occuper un poste que vous ne voudriez jamais faire.
  13. Vous démissionnez.
  14. La direction des ressources humaines vous convainc de rester car on met au point un nouveau système de promotion. Les chiffres sont intéressants, vous n’auriez pas vraiment de tâches ajoutées et avec votre expérience il est certain que vous passeriez l’examen. Vous restez.
  15. Entre temps un nouveau système de réunions mensuelles est mis sur pied par une nouvelle équipe. Pendant la réunion, les noms des employés sont tirés au sort pour aller faire des présentations sans préparation devant les 70 personnes réunies dans la pièce. Les portes sont verrouillées de l’extérieur pendant ces réunions de 3 heures pour empêcher les « impolis qui vont aux toilettes » de sortir. Un enragé vous prévient (en gueulant presque) de la seule position assise acceptable (les deux pieds au sol, le dos droit et les avant-bras sur le bureau) dans cette pièce et que vous êtes filmés et photographiés en ce lieu. « N’oubliez pas, surtout si vous appliquez pour la promotion… ».
  16. Examens, entrevue, évaluation: tout est terminé et réussi avec une excellente note. Bravo! Vous obtenez la promotion! 
  17. DÉMISSION POUR VRAI.
  18. Fin


Qu’est-ce qui cloche dans cette histoire?
Dans mes moments de détresse, je suis revenue en pensée dans mon enfance. Vous vous rappelez des fables illustrées de La Fontaine qu’on nous faisait lire? 
 Vous rappelez-vous de celle-ci?


Le Chêne et le Roseau


Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.




Elle m’aurait été beaucoup plus utile à apprendre par coeur que la philosophie corporative de la compagnie.

Je la prend en ce sens: qu’à force de se dire qu’on est fort, qu’on est capable, qu’on aura notre récompense au bout — une augmentation après un an, un bonus, une promotion, un collègue qu’on aime pas qui va finir par partir, la retraite, etc.— on accepte une situation qui nous est personnellement intenable au quotidien. Ça affecte le moral, le sommeil, l’alimentation, la santé, la vie sociale, et finalement notre personnalité et ce qu’on a vraiment envie d’être et de vivre.

Pliez au vent, pliez aux imprévus de la vie, acceptez de ne pas être un élément fixe dans un décor qui ne change jamais.

Moi, je m'en vais courir dans le vent!


lundi 29 août 2016

Kimono: deuxième leçon

[Pour alléger le texte, j'utiliserai désormais l'expression "kitsuke" pour signifier le port du kimono]

Mon matériel de kitsuke

34 degrés celsius. Je sonne à la porte de la prof de kimono, entourée par les bambous dans son minuscule jardin. Elle ouvre, vêtue d’un kimono sur lequel aucun obi n’est attaché: «J’essaie de ressentir la même température que toi pour commencer le cours», dit-elle.

Avant d’avoir pris les cours je n’aurais pas compris, mais maintenant je sais à quel point IL FAIT CHAUD dans un kimono, même un kimono d’été ou un yukata. Heureusement, ma prof est une vraie amoureuse des kimonos sans être de ceux qui fixent sur les règles ; par exemple, en été elle me recommande de ne pas porter toutes les épaisseurs de sous-vêtements et de rembourrage qui devraient être portés normalement. Ça paraît évident mais...

Je crois avoir compris qu’il y a deux écoles de pensée dans le monde du kitsuke : les gens qui veulent porter le kimono pour le plaisir et qui souhaitent une renaissance générale de ce vêtement, puis au contraire les gens qui voient ça comme un «art exclusif» qui ne devrait être pratiqué qu’en respectant les règles strictes et le modèle conservateur.

Je me suis rendue à plusieurs boutiques de kimono pour acheter certains articles ces dernières semaines et j’ai deux exemples probants de ces écoles de pensée...

Type 1 : Le passionné enthousiaste

Chronologiquement, cette rencontre a eu lieu après celle du Type 2 que j’explique ci-bas, donc je me méfiais des vendeuses dans les boutiques de kimono et j’ai décidé de rentrer dans le magasin et de dire « Je cherche XYZ » très précisément, en cliente qui sait ce qu’elle veut. La jeune femme a sorti l’item d’un présentoir et m’a dit que c’était le modèle le plus vendu, j’ai dit « très bien, je le prends » et elle m’a fait asseoir à la table des commandes. En écrivant la facture, elle s’est mis à me poser les questions classiques: « Vous devez porter un kimono pour un évènement de quel genre?», «Vous savez mettre le kimono sans aide?», ce à quoi j’ai acquiescé et qui m’a valu une réaction de surprise de sa part. 
 «Vous venez d’ou?» et comme ça, elle est sortie du script ordinaire. Quand elle a posée la question : « Vous aimez les kimonos?» et que j’ai répondu que oui, je les adore, une étincelle est apparue dans ses yeux et elle s’est mis à parler de sa passion et à me demander de venir la voir des fois au magasin pour parler et lui montrer des photos. À la fin, elle a ajouté: « Je vous remercie d’avoir appris le kitsuke, c’est quelque chose qui n’intéresse plus grand monde, malheureusement».


Type 2 : Le conservateur (ou le rétentif anal; Bonjour Freud!)

Je regarde le présentoir des items décoratifs pour la ceinture obi dans la boutique d’une chaine connue de magasins de kimonos. Une jeune vendeuse vient me demander ce que je cherche. Je lui nomme les trois items que je compte acheter et lui explique la couleur de mon kimono et du obi pour qu’elle puisse me montrer les bons assortiments. Je lui montre les items du présentoir qui me plaisent. Elle me montre d’autres options dans les mêmes tons. Jusque là, ça va. Elle voit bien que je suis venue pour acheter, donc elle commence à me montrer d’autres accessoires. Je lui dit « oui, c’est beau » et elle répond « donc vous prenez ça aussi. » et je réponds que non, je trouve ça beau mais que c’est pas mon style. Elle me montre une autre option et je lui réponds poliment que je n’en veux pas. Elle se fâche, visiblement: « ah! mais madame, vous savez, on ne peut pas porter X [que je viens de lui acheter] sans porter un accessoire de ce genre, c’est IMPOSSIBLE!».  Quelques minutes plus tard, elle me refait le coup en me disant carrément que le style de kimono que je vais porter n’est « pas réglementaire » pour la saison, finalement. Je lui réponds fermement: « On m’a dit que dans un cadre informel, le kimono d’été peut-être porté jusqu’en fin septembre. C’est ce que je fais ».
Je voyais bien qu’elle se forçait pour sourire après ça, mais voyons donc! Tu vends un produit qui fait peur aux gens par sa complexité et quand une cliente vient te voir, tu lui fais le coup du « voyons madame, RESPECTEZ DONC LES REGLES». Ridicule.


En fait je crois que ces deux types de personne existent dans un peu tout, sports, arts ou loisirs qui nécessitent un brin de connaissances de base pour être pratiqués. Le problème dans le monde du kimono est que l’industrie est en déclin et que d’intimider les gens qui s’y intéressent n’aidera en rien les artisans dont les ventes baissent de plus en plus chaque année. C’est dommage.


Ceci dit, j’ai porté un kimono en public pour la première fois en revenant de mon cours et le plus difficile était de marcher, donc il faudra que je me pratique...


Pas parfait, mais déjà mieux que la semaine dernière. Avec un magnifique obi offert par ma prof.



samedi 13 août 2016

Obon dans les montagnes

Nous sommes en plein Obon, la fête des ancêtres ou fête des morts, au sujet de laquelle je ne peux expliquer grand chose puisqu'elle est fêtée très différemment selon les régions. J'ai par contre trouvé cette charmante histoire sur Wikipedia:
 «O-Bon est un diminutif pour le mot Urabonne/Urabanna (于蘭盆会/盂蘭盆会) qui dérive du nom d'un sûtra, le Ullambana sûtra. « Ullambana » signifie en sanskrit « pendu à l'envers en enfer ». Durant O-Bon, les offrandes faites aux morts permettent d'amoindrir la douleur de ces âmes en peine. 
La légende associée à O-Bon veut que Mokuren, un disciple de Shakyamuni, ait eu une vision de sa défunte mère, tourmentée dans le Royaume des Esprits Affamés, où elle payait pour son égoïsme. Bouleversé, il alla demander au Bouddha comment il pourrait sauver sa mère de ce royaume. Bouddha lui répondit : « Au quinzième jour de juillet, fais donner une grande fête en l'honneur des sept dernières générations de morts. » Le disciple fit comme demandé et de ce fait, libéra sa mère. Il découvrit par la même occasion l'abnégation dont avait fait preuve sa mère et les multiples sacrifices qu'elle avait fait pour lui. Le disciple, heureux de la libération de sa mère et reconnaissant envers celle-ci pour sa gentillesse, dansa de joie. De cette danse de joie vient le Bon Odori
Je ne participe pas aux danses Bon organisées dans chaque quartier ces jours-ci, mais j'ai quand même de quoi me réjouir puisqu'on avait une semaine entière de congé, ce qui n'arrive que deux fois par ans dans ma compagnie. Tetsu et moi sommes donc partis quelques jours dans les montagnes de Nagano, plus précisément dans la ville de Hakuba, surtout connue pour ses pentes de ski et plutôt calme en été.

Vue de la chambre d'hotel.
En été le principal attrait de Hakuba est qu'on a accès à plusieurs belles montagnes pour faire de la marche (des autobus vous y mènent gratuitement ou pour peu). Pour accéder plus facilement à des plateaux il est possible même en été de prendre les remonte-pentes, mais renseignez-vous avant de vous y rendre: plusieurs parcs demandent entre 2000¥ et 3000¥ par personne pour monter. C'est très cher!

Devant le centre d'information touristique, on peut prendre plusieurs autobus vers les montagnes.

Nous avons noté que l'affichage est en japonais et en anglais à peu près partout à Hakuba et dans les environs et qu'il y avait beaucoup de chalets qui semblaient appartenir à des compagnies étrangères. Selon les sites de réservation d'hotel, c'est une région très visitée par les touristes européens et nord-américains. À noter que plusieurs installations des jeux olympiques de Nagano 1998 sont encore là, tous les hotels ont leurs vieilles affiches en couleurs pas belles... 

Ça m'a rappelé qu'en 1998 j'étais en sixième année et mon école primaire venait de faire l'acquisition d'ordinateurs et de créer un laboratoire informatique dans l'ancienne salle de musique. On avait une période "informatique" mais je crois que les profs n'y comprenaient rien et nous avaient simplement assis devant les ordis, ouvert Internet Explorer et dit de «faire une recherche sur un sport olympique à Nagano». Je me rappelle pas quel sport j'avais choisi, mais je me rappelle que sur le site officiel des JO il y avait un jeu ou il fallait faire skier un genre de hibou et que j'avais sûrement fait ça durant tout le cours...

Genre un browser de même...

Pis la mascotte des JO de Nagano. Hop, la bière! Aucun rapport avec le sport, mais très Japonais!

En tout cas, pour revenir à nos hiboux... euh... moutons...


MEEEEEEEUH!


Pour revenir à la marche en montagne, finalement on a choisi le Kitaone Kogen Highland parce que le site promettait un bon 80 minutes de marche avec une belle vue (et qu'ils ont eu Tetsu dès qu'ils ont dit le mot "bière", qui serait disponible en vente au sommet). C'était très beau mais la marche durait un gros 25 minutes plutôt qu'un bon 80 minutes, donc il a fallu repenser nos plans pour la journée. Voici les photos du Highland.









Il était juste midi donc Tetsu a laissé tomber la bière et on a pris la voiture pour aller à Togakushi, connue pour son temple, sa "maison du ninja" et ses nouilles soba. Une heure trente en voiture dans les petites routes à flanc de montagne pour découvrir qu'il y avait tellement de monde partout qu'on ne pouvait stationner nulle part, ni pour voir le temple, ni pour la maison du ninja. On s'est rabattu sur le soba et on a choisi un resto connu qui fabrique ses propres nouilles, ce qui nous a fallu une bonne heure d'attente en file, mais ça va, la nourriture était bonne.

Sur le chemin du retour, j'ai remarqué plusieurs voitures stationnées dangereusement le long des petites routes, dans des tournants, des côtes, entre deux villages, etc. En regardant alentour, j'ai compris: puisque c'est Obon, les gens viennent nettoyer les tombes de leurs ancêtres. Dans ce genre de patelin, les tombes sont souvent situées le long des routes, séparées en petits groupes ou seules, accompagnées de statues de Jizo, le protecteur. (Voir les photos suivantes)



 Dans certaines régions, on brûle un petit fagot devant la porte de la maison ou la tombe.






Dans les villages, nous avons croisé plein de vieillards qui se déplaçaient de peine et de misère dans la chaleur, à pied ou en fauteuils roulants motorisés, pour visiter les tombes. Ça faisait pitié un peu, mais j'imagine qu'ils y tiennent à ce point, que c'est une tradition importante pour eux.





Ce fut un agréable voyage en tout cas, je vous laisse sur des photos de villages dans Nagano et de fleurs d'hydrangées, en pleine floraison.


















samedi 30 juillet 2016

Ariane apprend à porter un kimono

Tokyo, au loin, vue du balcon.
La saison des pluies est officiellement terminée à Tokyo, depuis hier ou avant-hier, je crois. On entend les cigales en continu et les grillons la nuit.


C'est aussi la saison des matsuri (les fêtes de quartier) et des feux d'artifice, qui commencent généralement vers 19h30. Il y en a presque tous les soirs depuis une semaine puisque les congés scolaires ont commencé.

Non, on est pas en zone de guerre, c'est juste un feu d'artifice que j'ai essayé de photographier de la fenêtre...

Qui dit matsuri, dit yukata, ce kimono estival dont le nom en kanji signifie "vêtement de bain" puisque c'était l'usage qui était réservé à ce vêtement autrefois - et encore maintenant, on vous en prête une version simplifiée quand vous séjournez dans un onsen. Avec le temps il a gagné en popularité et est devenu le vêtement de prédilection des gens qui visitent les matsuri et autres événements festifs d'été.

Contrairement au kimono, le yukata est porté avec un fond de robe simple sans col et un obi (ceinture) léger, non-rembourré et moins large que la plupart des obi à kimono. En général les yukata sont plus colorés et festifs que les kimonos, quoi que ce ne soit pas toujours le cas. Un yukata peut être porté en guise de kimono si sa texture et son style s'y prête, mais le contraire est impossible.


En tout cas. J'y connais pas grand chose, mais je trouve ça très beau. J'avais porté un yukata à quelques reprises pour aller voir les feux d'artifice il y 2 ans. J'avais appris grâce à Youtube et 2-3 heures de pratique comment le porter et attacher le obi, mais c'était loin d'être parfait.

Cette année, j'ai décidé d'apprendre à porter correctement non seulement le yukata, mais le kimono. J'ai hésité auparavant parce que je me disais qu'une blanche en kimono ça paraissait bizarre mais finalement je m'aperçois que les Japonais ne pensent pas du tout comme ça et que même beaucoup de gens ont de l'admiration et du respect pour quiconque s'intéresse à leur culture et à l'apprentissage de techniques liées aux arts traditionnels.

Tant qu'à apprendre, j'allais apprendre correctement -- au diable Youtube et les manuels d'apprentissage en photos, j'y comprends rien! J'ai cherché des leçons et j'ai finalement trouvée une dame qui donne des cours en anglais chez elle et qui adapte ses leçons aux besoins de sa clientèle. Elle permet aussi à ses clients d'utiliser certains de ses propres kimonos ou items pendant la leçon, question d'essayer avant de se jeter dans les dépenses, qui peuvent être considérables si on porte certains types de kimono. En cherchant en ligne j'ai réalisé qu'il existe des cours avec certificat d'attestation pour les "habilleuses" (entre autres pour les mariages et les studios de photographie), des cours qui doivent être suivis au moins pendant 7 mois pour s'assurer qu'on connait toutes les règles détaillées du port de kimono, car protocole il y a, du moins dans les situations formelles.



Le kitsuke, le port du kimono, n'est plus très à la mode et on comprend pourquoi quand on se retrouve avec une liste d'une vingtaine d'items à se procurer "pour la leçon de base"...
Ma prof a ajouté à la fin du courriel un "Don't be scared!" bien choisi parce que je commençais à me demander dans quoi je me lançais. "Si tu as des dames japonaises plus âgées autour de toi, demande-leur si elles n'ont pas des items à te donner dont elles ne se servent plus". Quelle bonne idée! La grand-mère de Tetsuo est décédée depuis quelques années et son passe-temps était la teinture et la fabrication de kimonos. J'ai poliment demandé à ma belle-mère si elle pouvait me prêter quoi que ce soit et elle était plus que contente de me donner presque tous les items dont j'avais besoin, avant d'ajouter : "Dommage que Grand-mère ne soit plus là, je suis sûre qu'elle te fabriquerait un kimono".

Le cours devait durer deux heures, mais ma prof m'a généreusement gardée une heure de plus parce qu'elle voulait me montrer assez de techniques pour que je sois capable de porter un kimono tout de suite, avec un peu de pratique à la maison. En fait, elle est vraiment passionnée par les kimonos et je crois que ça lui fait réellement plaisir de donner ce cours. Elle est immensement patiente et donne de bonnes astuces et de bonnes adresses pour acheter sans se ruiner.  Pour ceux que ça intéresse, visitez son site ; pour les touristes elle offre aussi des cours simples pour apprendre la base en une visite.

J'ai vraiment aimée mon expérience et je retournerai apprendre comment porter des obi plus compliqués quand il fera moins chaud, car la chaleur accablante de la fin du mois de juillet et du mois d'août explique bien après tout pourquoi on préfère généralement le yukata léger au kimono en été.

Première tentative, chez la prof.

Pratique à la maison... Il y a encore des problèmes, mais bon je suis fière de moi, ça a pas l'air trop fou.
La boucle du obi.


J'ai essayé un ensemble différent aujourd'hui.

dimanche 3 juillet 2016

Hakodate



Nous revenons d'un voyage de 4 jours à Hakodate, la 3e ville en importance de Hokkaido.
Située dans la baie au sud de Hokkaido, Hakodate a été la porte d'entrée des Japonais d'abord (puisque la nation Ainu y habitait bien avant eux) puis des étrangers suite à l'ouverture forcée par l'amiral Perry de ports d'escale en terre japonaise, à la moitié du 19e siècle.

Je voulais depuis longtemps visiter Hakodate, qui a la réputation d'être très belle. Voici quelques photos...

Vue de nuit du Mont Hakodate

Les hangars rouges du vieux port

Anciens magasins d'expo-import dans le vieux port

Vue du vieux port

Côte de Motomachi

Ancien consulat anglais

Ancien hôtel de ville

Vue de l'ancien hôtel de ville

Un des nombreux temples de Motomachi

Vue des portes du temple

Vue du temple

Cimetière des Chinois

Cimetière des "étrangers"

Ancienne maison du magistrat, dans le fort Goryokaku

Douves du Goryokaku

Plan du Goryokaku,  premier fort "à l'européenne" du Japon


Ancienne maison du magistrat (vue de face)





Le transport dans la ville se fait facilement grâce à une ligne de tramway qui la traverse. Il y a aussi des autobus, mais leur passage est plutôt rare (1 à 3 fois l'heure, plutôt qu'aux 5-10 minutes pour le tramway). Une passe tramway journalière est disponible au coût de 600¥.

À Hakodate, et Hokkaido en général, il fait plus frais qu'à Tokyo. Alors qu'il faisait 31 degrés à Tokyo, à Hakodate la température a rarement grimpé au dessus de 22 Celsius de jour et la nuit il faisait franchement "frette" : le soir où nous nous sommes rendus au sommet de Hakodate-san, il faisait près de 5 degrés avec le vent! Il y a une salle chauffée dans l'observatoire mais c'était difficile de relaxer là avec les centaine de touristes excités qui poussent pour avoir accès à une des fenêtres.  La vue en valait franchement la peine, par contre. La guide disait que la visibilité n'est bonne qu'un soir sur quatre, donc nous avons été chanceux. 

Hakodate est connue pour les fruits de mer frais, particulièrement le calmar, qui est pêché dans la baie en cette saison (juillet, aout). On pouvait voir au loin les bateaux de pêche au calmar qui scintillaient la nuit car on attire les calmars à la surface de l'eau en allumant des lumières blanches. Magnifique.



D'ailleurs, les fruits de mer étaient très bons.



Ceci dit, je ne conseillerais la ville qu'à deux types de visiteurs: ceux qui sont férus d'histoire (car en plus d'avoir été un des ports ouverts aux étrangers quand le pays était fermé, la ville a été le théâtre d'une bataille importante qui marquera la fin de l'époque Edo et le début de Meiji -- voir Wikipedia) ou bien ceux qui veulent relaxer dans un onsen.

La ville comporte un quartier appelé Yunokawa, où l'on trouve des dizaines de onsen (bains thermaux naturels). Apparemment c'est un lieu assez connu car on raconte qu'au 17e siècle le seigneur du clan Matsumae aurait été guéri d'une maladie grave en se baignant dans ces eaux. Nous sommes restés dans un très beau hôtel-onsen de ce quartier, avec vue sur la mer et juste pour ça, le voyage en a valut le coup.








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