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mercredi 3 juillet 2019

Tansubiraki

Tansubiraki : le fait de sortir et regarder le contenu d’une commode à kimono, ou de le montrer à autrui 
(de « tansu » : commode et « hiraki »: ouvrir). 





Vendredi, pendant qu’on boit un verre au resto après le travail, mon amoureux me fait part de l’invitation de sa mère: « dimanche, si tu veux, elle te montrera le kimono de grand-maman et après on ira tous ensemble au resto ».
Malgré la fatigue de ma semaine, une étincelle surgit dans mes yeux, que Tetsu n’a pas ratée: « Bon, tu as l’air contente, je dis oui à ma mère alors ».

En vérité, ça fait quelques années que j’essaie de voir le ou les fameux kimono que la grand-mère paternelle de Tetsuo teignait à la main, chez eux, comme passe-temps. Tetsu se rappelle que dans sa jeunesse, il n’aimait pas les vendredis parce que c’était le jour ou obaachan (*grand-maman) teignait et qu’elle étalait le tissu dans la cour. Apparemment ça puait, et les enfants trouvaient que la colle de riz pour les pochoirs ressemblait, disons pour être polie, à du beurre d’arachide.
« Attends, ta grand-mère utilisait de la colle de riz?!? Mais elle devait faire des teintures avec des motifs, alors! Et ça, c’est vraiment pas facile! »
Et Tetsu de répondre: « Je suis content que ça t’intéresse et que ça t’impressionne. Du temps qu’elle était vivante, personne ne comprenait son intérêt pour la teinture et pour les kimono. Elle doit être heureuse, là ou elle est maintenant, de savoir que sa belle-fille aime ça».


Il y a un an environ, Tetsu a indiqué à sa mère plus directement que j’aimerais voir les kimono teints par obaasan. Ma belle-mère a dit qu’elle les chercherait, mais à vrai dire, après quelques mois sans nouvelles à ce sujet, j’ai imaginé que les kimono étaient probablement perdus. Un jour, elle me montre une photo de famille datée à peu près de l’année de ma naissance, dans laquelle elle-même et la petite soeur de mon mari portent de magnifiques kimono. « Les kimono sont ceux faits par obaasan », me dit-elle. 
Je sursaute: « ce sont des kimono en bingata! ».
« Ah oui, oui, c’est ce qu’elle faisait. »
Je laisse les intéressés suivre le lien en bas de page pour comprendre le bingata**; pour les autres, il suffit de savoir que c’est une technique de teinture complexe et très recherchée par les dames élégantes.


Retour au présent…
Malgré tout, j’étais un peu d’humeur maussade cette fin de semaine, je n’avais pas d’énergie et je me sentais particulièrement complexée par mon niveau de japonais suite à des évènements récents. Quand mon amoureux me dit qu’on va rester chez ses parents deux heures avant d’aller au resto, je fais: « ah. Deux heures c’est quand même trop, pour regarder un kimono…
-Non, il y a en a plus qu’un.
-Aaaaaaaah, d’accord! »
Situation surement très familière pour tous ceux qui communiquent en japonais, vu l’absence de forme plurielle dans cette langue…

On s’est donc rendus, et quand ma belle-mère a fait glisser la porte de l’ancienne chambre de obaasan, une surprise m’attendait, puisque des kimono, il y en avait deux piles qui m’arrivaient chacune en haut des genoux.
« J’ai pensé te montrer tous les kimono qui appartenaient à obaasan et tous les miens… »
Me voilà donc, dans ma première experience de tansubiraki.
Je me suis agenouillée et avec ma belle-mère, nous nous sommes inclinées devant la photographie d’obasaan et l’avons remerciée.

La plupart des kimono étaient dans leur tatoushi (enveloppe de rangement en papier), qu’il fallait ouvrir soigneusement pour découvrir le contenu. Tetsu s’est assis derrière moi « Voyons, maman, je savais pas qu’il y en avait autant! Toi qui aime même pas les kimono! »
Ma belle-mère: « C’est pas que j’aime pas les kimono, c’est que… c’est compliqué à porter. J’avais pas souvenir qu’il y en avait tant, non plus! »

Le tansubiraki est une expérience assez spéciale, car une personne vous présente des objets avec lesquels elle a un lien très intime: non seulement ce sont ses vêtements, mais ce sont des vêtements passés de mère en fille, offerts en cadeaux, choisis soigneusement selon l’âge, les saisons, les évènements, etc. Ce sont des objets qui en disent long sur les goûts d’une personne et sur comment elle souhaite être perçue, ainsi que son mode de vie et ses activités.

Dans la « collection » de obaasan, il n’y avait pas seulement les pièces qu’elle a fabriquées elle-même et qui sont absolument magnifiques (un vrai travail d’artisan), mais aussi les pièces qu’elle a emmené avec elle quand elle a emménagé avec son fils et sa bru. La plupart sont des kimono peu colorés mais de bon goût: obaasan était, selon ce que Tetsu me raconte souvent, une femme sévère et exigeante. Je ne suis pas surprise qu’il n’y ait pas de fantaisie au niveau des couleurs, dans sa garde-robe. Par contre, deux kimono teints ont des motifs qui attirent mon attention: des branches de cèdres (sur un kimono de type kurotomesode*) et un motif de petits troncs d’arbres (sur un komon*). Ce ne sont pas des motifs communs, et pour moi il y a comme une énigme, là. Je suis tirée de ma rêverie par Tetsu qui commente: « la moitié, ce sont des manteaux de kimono! 
(belle-mère): Ben oui! À son époque, les gens portaient leur kimono beau temps, mauvais temps, et puis en hiver! Fallait bien se couvrir! »
Il y a beaucoup de kimono funéraires dans la collection d’obaasan. Elle a dû dire adieu à beaucoup de gens.


La collection de kimono de ma belle-mère est intéressante, aussi. Après en avoir regardés quelques uns, Tetsu se lance dans un de ses passes-temps favoris, taquiner sa mère:
« Hé, wow! Je savais pas que tu aimais le rouge tant que ça, m’man! Pas besoin de feu de circulation quand tu portes ça…
-Ce sont mes kimono de jeune femme, imbécile! »

Quelques-uns des kimonos sont faits par obaasan, dont un magnifique kurotomesode avec des grues stylisées en style bingata. Tout de suite après, un autre magnifique kurotomesode avec un motif de shishi (lion mythologique) brodé en fils métalliques, avec des détails très fins. Ma belle-mère explique: « Ma mère a fait faire celui-ci pour moi quand je me suis mariée, avec les insignes de la famille de mon mari. En même temps, obaasan a fabriqué celui que tu viens de voir et me l’a offert. Je n’ai jamais porté celui offert par ma mère… »

Un autre highlight de la collection est un kimono très ancien, en soie rouge avec des grandes chrysanthèmes teintes. Ma belle-mère ne sait pas d’ou il vient et elle ne semble y attacher aucun souvenir. Pour presque tous les autres kimono, elle se rappelle ou et quand elle les a portés. Pour ceux de obaasan, elle se rappelle généralement clairement si oui ou non elle l’a vue le porter (celle-ci est morte il y a 10 ans).

Ma belle-mère m’a offert un yukata teint par obaasan, ainsi qu’une ombrelle teinte par celle-ci. Ces deux objets sont superbes et je les refuse plusieurs fois avant de les accepter, en regardant Tetsu du coin de l’oeil: si je pouvais, je prendrais tout, mais je ne sais pas s’il est acceptable pour moi de recevoir un trésor familial.
« Voyons! Ma mère est contente de te les offrir, surtout que personne d’autre que toi dans la famille n’aime les kimono. Je sais que grand-maman est contente, là ou elle se trouve. »



Ombrelle teinte par obaasan

Yukata teint par obaasan



+++++
Notes:

Kurotomesode: kimono entièrement noir sauf un motif au bas et les insignes familiales.

Komon: kimono à petits motifs répétés, pouvant être porté comme vêtement de tous les jours.

Pour lire des histoires de tansubiraki et voir les photos qui les accompagnent, le projet The Kimono Closet: https://kimonocloset.com


jeudi 5 juillet 2018

Gunma, pays de la soie

Il y a quelques mois, j'ai lu un compte-rendu de voyage à Kiryu, une ville du centre du Japon qui faisait autrefois partie de la route de la soie. J'en ai parlé à Tetsu et il a tout de suite dit: "Kiryu, c'est dans Gunma, donc à 2-3 heures de voiture de Tokyo. On ira bientôt, si tu veux!".
Si je veux? Évidemment!




Donc voilà, on a cherché un ryokan (auberge japonaise) dans la région et on a choisi un ryokan à Shibukawa, à une heure environ en voiture de Kiryu. Je reviendrai sur le ryokan plus tard, mais à propos de Shibukawa, on lit sur Wikipedia: "Shibukawa is at a central point (36°29′ N, 139°00′ E) of the Japanese archipelago and is thus known as the Bellybutton of Japan (日本のおへそ nihon no oheso) ".

Kiryu, et même Gunma en général, est un centre historique de la production de soie au Japon. On y a retrouvé un document datant du 8e siècle prouvant qu'à cette époque, la région payait ses taxes à la capitale en soie. Ça en fait l'endroit au Japon pour lequel on a la trace historique la plus ancienne concernant la production de soie.

À Kiryu, je voulais absolument visiter une manufacture de textile, ou plus exactement, vue ma passion pour les kimono, un endroit ou l'on produit des obi brodés selon la technique locale, "kiryu orimono". J'ai opté pour un des deux endroits présentés dans l'article que j'avais lu, et nous avons réservé pour une visite de la manufacture Goto orimono. Je ne l'ai pas regretté!

L'endroit était un peu dur à trouver, dans une dédale de rues étroites, mais nous avons finalement garé la voiture devant la porte ou un vieil homme nous attendait, comme s'il était immunisé à la chaleur - à Gunma, il fait toujours plus chaud qu'à Tokyo: 38 celsius, ce jour-là.



Le monsieur, dans les 80 ans, nous a expliqué que la manufacture appartient à sa famille et qu'il a grandi sur les lieux. Le bâtiment original a été érigé pendant l'ère Meiji (fin du 19e siècle) et modifié à plusieurs reprises: le bâtiment actuel consiste d'une petite partie de la façade originale, puis d'une partie rénovée au début de l'ère Showa. Les machines datent surtout de l'ère Taisho (années 1910-1920).



Autrefois, on faisait la teinture de la soie sur place, mais ce n'est plus le cas. La partie du bâtiment dédiée à la teinture existe encore cependant et le monsieur nous racontait ses souvenirs d'enfance à regarder les gens travailler.



La partie avec les métiers à tisser est énorme et entièrement faite de bois, avec un plafond haut et des poulies, des rails sur lesquelles sont montées les parties supérieures des métiers à tisser Jacquard. C'est très impressionnant! L'architecture est pensée en fonction des heures de travail et de la luminosité, puisque les employées doivent bien discerner les fils et faire attention aux couleurs. Lors de notre visite, personne ne travaillait, mais 4 postes étaient préparés, avec des obi commencés. Je n'ai pas posée la question, mais j'imagine que la production est ralentie à un point tel que personne ne peut être employé à temps plein (alors qu'il y a au moins une dizaine de métiers à tisser).
D'ailleurs, les 4 ouvrages en cours étaient de riches obi de soie et de fils d'or et d'argent (véritable - c'est une question que les gens posent souvent), tous pour enfants: des obi pour le "shichi-go-san", une cérémonie fêtée lorsque les enfants atteignent 3 et 7 ans (filles) et 5 ans (garçons). En fait, je n'ai jamais entendu parler de gens qui achètent le costume du shichi-go-san: ce sont plutôt des boutiques spécialisées en kimono qui les louent, car une pièce est bien trop couteuse pour être achetée par un particulier, en plus pour un usage unique.





Les clients de la manufacture sont donc des particuliers ou des entreprises prêtes à payer très cher pour une pièce unique faite de soie japonaise de haute qualité et produite dans une manufacture historique utilisant des métiers semi-automatisés (la machine tisse selon la carte, mais la tisserande supervise l'ouvrage attentivement et fait une partie des mouvements nécessaires). Ce n'est pas pour rien qu'il y a une ancienne expression japonaise pour dire que dans cette région, une femme gagne un meilleur salaire que son mari (puisque seulement les femmes peuvent travailler au métier à tisser).










Il n'y a pas que des particuliers riches et des entreprises, en fait, qui commandent des obi de Goto orimono: en plus d'utiliser les lieux pour plusieurs tournages (à cause du look Taisho-Showa des bâtiments), plusieurs productions ont commandé des obi fabriqués sur place. C'est le cas de la production Sayuri, pour laquelle on a tissé de riches Maru-obi (obi de maiko).

Les énormes maru-obi

Des hanhaba obi, le type le plus étroit de obi.

Rouleaux de tissus brodés


La visite de la manufacture Goto orimono fut vraiment un plaisir, malgré la chaleur intense! Même Tetsu, qui n'a aucun intérêt pour les kimono, a beaucoup apprécié, surtout pour les descriptions historiques.
D'ailleurs, tout ça aurait bien pu ne pas survivre à l'histoire, puisque apparemment les Américains avaient prévu cibler Kiryu pour leurs bombardements le 15 août 1945. Eh oui, le jour ou l'empereur a annoncé que le Japon acceptait les conditions de la déclaration de Potsdam, donc la fin effective de la guerre...

Suite du voyage dans un billet à venir...

***


samedi 2 septembre 2017

J'aime Yumi Katsura





Connaissez-vous la créatrice de mode Yumi Katsura?
Si vous tapez son nom dans un moteur de recherche, vous tomberez surtout sur des photos de robes de mariée, mais en fait Yumi Katsura se distingue selon moi beaucoup plus par ses créations non-nuptiales inspirées de l'art japonais, sa collection Yumi Yuzen, présentée depuis quelques années dans le circuit haute-couture/prêt-à-porter, un vrai délice pour les yeux.

Yumi Katsura est née à Tokyo en 1932 et a étudié la couture à Paris après avoir terminé ses études supérieures au Japon, partageant, selon Wikipédia, l'univers de grands créateurs comme Balmain, Yves Saint Laurent, Pierre Cardin... 

Ça c'est impressionnant, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. Il est très difficile d'avoir accès à des archives photo des collections plus anciennes de Katsura mais il semble qu'en parallèle à sa carrière de designer de robes nuptiales (la plus connue au Japon, apparemment), elle se soit intéressée de plus en plus au kimono et aux techniques artisanales traditionnelles. Elle n'a probablement pas vraiment eu le choix, en fait, puisque plusieurs couples optent encore pour le mariage en kimono et que business oblige il fallait offrir cette option à la clientèle.

Dès 2003, Yumi Katsura commence à présenter à Paris et à Rome des collections non-nuptiales inspirées par l'art et l'artisanat japonais. Robes cocktail en yuzen sur soie (le yuzen est une technique pour le teinture de motifs extrêmement détaillés, utilisée pour les kimonos), tenues de soirée dorées inspirées des peintures de l'école Rimpa. Et même, dans sa collection automne-hiver 2017-2018, deux manteaux sport (celui pour femme est à 1:11 dans le vidéo ci-haut) avec manches et col de kimono (gasp).


Quand ma mère m'a rendu visite en mai dernier, nous avons essayé de visiter l'exposition retrospective de Yayoi Kusama (My Eternal Soul, quel beau titre) au National Art Center mais avons vite découvert qu'une semaine avant la fin de l'expo, la file d'attente pour entrer au musée était de plus de deux heures --et celle pour entrer à la boutique du musée? 30 minutes!... Sous la pluie, ce n'était pas une option vraiment intéressante, même si une file de 500 mètres de gens était d'avis contraire.

Nous avons donc marché dans le quartier et sommes tombées sur la fameuse boutique de Yumi Katsura, par hasard. Je m'étais renseignée plusieurs fois sur le web mais comme à mon habitude je ne suis vraiment pas à l'aise d'entrer dans une boutique haut-de-gamme, je ne m'étais jamais décidée à m'y rendre.
Ça et que même en faisant beaucoup de recherches sur le web, je ne trouvais pas d'info sur les prix, qu'évidemment on imagine bien élevés...

J'ai demandé à ma mère si ça la dérangerait d'y entrer avec moi. Elle était partante, surtout qu'il y avait un café au deuxième étage: "On va faire semblant d'être une famille de péteuses riches, Ariane! Prout prout ça sent la madame d'Outremont!". 

C'est beeeeeaaaau.
Après avoir bu notre café, j'ai pris mon courage à deux mains et nous sommes montées à l'étage de la collection soirée (elle est nommée comme ça dans la boutique, cependant que la collection contienne des robes soleil et autres vêtements moins formels). Nous étions les seules à l'étage et évidemment les vendeuses se sont jetées sur nous, quoi qu'avec un peu de gêne puisqu'elles ne savaient pas si nous comprenions le japonais. J'avais peur de prendre un cintre ou de regarder trop longuement une pièce, peur qu'on me propose de l'essayer et que ce soit trop cher mais j'ai fini par montrer ma vraie nature (en tout cas, celle de mon porte-feuille) et plonger ma main loin loin loin dans une robe pour en ressortir l'étiquette avec le prix ("ben non, c'est juste pour vérifier les matériaux").

Pour ceux que ça intéresse, une robe de soirée: 100,000 yens avant taxes (1125 dollars canadiens), ce qui me paraît "raisonnable" vue la très grande qualité des matériaux et du travail, sans compter l'originalité des pièces. Évidemment, si vous êtes comme mon mari, qui trouve qu'un jeans à 30$ chez Uniqlo, c'est du vol...

Résumé: j'aimerais un jour avoir assez d'argent pour me permettre une folie...
Hahaha...

D'ici là, mes pièces préférées de la collection automne/hiver 2017-2018:


Les imprimés de l'éléphant de Towaraya Sotatsu (peintre du 17e siècle) et boucle rappelant le obi noué en papillon.


Robe dont la partie inférieure intègre des volants rappelant les manches d'un kimono, peut-être que l'effet voulu est celui d'un kimono chic noué à la taille.


Le fameux manteau d'hiver avec col et manches de kimono.


La robe calligraphiée.



Toutes les photos proviennent du Vogue UK.

Le site japonais de Yumi Katsura présente un historique en photo de la carrière de Yumi Katsura.




lundi 29 août 2016

Kimono: deuxième leçon

[Pour alléger le texte, j'utiliserai désormais l'expression "kitsuke" pour signifier le port du kimono]

Mon matériel de kitsuke

34 degrés celsius. Je sonne à la porte de la prof de kimono, entourée par les bambous dans son minuscule jardin. Elle ouvre, vêtue d’un kimono sur lequel aucun obi n’est attaché: «J’essaie de ressentir la même température que toi pour commencer le cours», dit-elle.

Avant d’avoir pris les cours je n’aurais pas compris, mais maintenant je sais à quel point IL FAIT CHAUD dans un kimono, même un kimono d’été ou un yukata. Heureusement, ma prof est une vraie amoureuse des kimonos sans être de ceux qui fixent sur les règles ; par exemple, en été elle me recommande de ne pas porter toutes les épaisseurs de sous-vêtements et de rembourrage qui devraient être portés normalement. Ça paraît évident mais...

Je crois avoir compris qu’il y a deux écoles de pensée dans le monde du kitsuke : les gens qui veulent porter le kimono pour le plaisir et qui souhaitent une renaissance générale de ce vêtement, puis au contraire les gens qui voient ça comme un «art exclusif» qui ne devrait être pratiqué qu’en respectant les règles strictes et le modèle conservateur.

Je me suis rendue à plusieurs boutiques de kimono pour acheter certains articles ces dernières semaines et j’ai deux exemples probants de ces écoles de pensée...

Type 1 : Le passionné enthousiaste

Chronologiquement, cette rencontre a eu lieu après celle du Type 2 que j’explique ci-bas, donc je me méfiais des vendeuses dans les boutiques de kimono et j’ai décidé de rentrer dans le magasin et de dire « Je cherche XYZ » très précisément, en cliente qui sait ce qu’elle veut. La jeune femme a sorti l’item d’un présentoir et m’a dit que c’était le modèle le plus vendu, j’ai dit « très bien, je le prends » et elle m’a fait asseoir à la table des commandes. En écrivant la facture, elle s’est mis à me poser les questions classiques: « Vous devez porter un kimono pour un évènement de quel genre?», «Vous savez mettre le kimono sans aide?», ce à quoi j’ai acquiescé et qui m’a valu une réaction de surprise de sa part. 
 «Vous venez d’ou?» et comme ça, elle est sortie du script ordinaire. Quand elle a posée la question : « Vous aimez les kimonos?» et que j’ai répondu que oui, je les adore, une étincelle est apparue dans ses yeux et elle s’est mis à parler de sa passion et à me demander de venir la voir des fois au magasin pour parler et lui montrer des photos. À la fin, elle a ajouté: « Je vous remercie d’avoir appris le kitsuke, c’est quelque chose qui n’intéresse plus grand monde, malheureusement».


Type 2 : Le conservateur (ou le rétentif anal; Bonjour Freud!)

Je regarde le présentoir des items décoratifs pour la ceinture obi dans la boutique d’une chaine connue de magasins de kimonos. Une jeune vendeuse vient me demander ce que je cherche. Je lui nomme les trois items que je compte acheter et lui explique la couleur de mon kimono et du obi pour qu’elle puisse me montrer les bons assortiments. Je lui montre les items du présentoir qui me plaisent. Elle me montre d’autres options dans les mêmes tons. Jusque là, ça va. Elle voit bien que je suis venue pour acheter, donc elle commence à me montrer d’autres accessoires. Je lui dit « oui, c’est beau » et elle répond « donc vous prenez ça aussi. » et je réponds que non, je trouve ça beau mais que c’est pas mon style. Elle me montre une autre option et je lui réponds poliment que je n’en veux pas. Elle se fâche, visiblement: « ah! mais madame, vous savez, on ne peut pas porter X [que je viens de lui acheter] sans porter un accessoire de ce genre, c’est IMPOSSIBLE!».  Quelques minutes plus tard, elle me refait le coup en me disant carrément que le style de kimono que je vais porter n’est « pas réglementaire » pour la saison, finalement. Je lui réponds fermement: « On m’a dit que dans un cadre informel, le kimono d’été peut-être porté jusqu’en fin septembre. C’est ce que je fais ».
Je voyais bien qu’elle se forçait pour sourire après ça, mais voyons donc! Tu vends un produit qui fait peur aux gens par sa complexité et quand une cliente vient te voir, tu lui fais le coup du « voyons madame, RESPECTEZ DONC LES REGLES». Ridicule.


En fait je crois que ces deux types de personne existent dans un peu tout, sports, arts ou loisirs qui nécessitent un brin de connaissances de base pour être pratiqués. Le problème dans le monde du kimono est que l’industrie est en déclin et que d’intimider les gens qui s’y intéressent n’aidera en rien les artisans dont les ventes baissent de plus en plus chaque année. C’est dommage.


Ceci dit, j’ai porté un kimono en public pour la première fois en revenant de mon cours et le plus difficile était de marcher, donc il faudra que je me pratique...


Pas parfait, mais déjà mieux que la semaine dernière. Avec un magnifique obi offert par ma prof.



samedi 30 juillet 2016

Ariane apprend à porter un kimono

Tokyo, au loin, vue du balcon.
La saison des pluies est officiellement terminée à Tokyo, depuis hier ou avant-hier, je crois. On entend les cigales en continu et les grillons la nuit.


C'est aussi la saison des matsuri (les fêtes de quartier) et des feux d'artifice, qui commencent généralement vers 19h30. Il y en a presque tous les soirs depuis une semaine puisque les congés scolaires ont commencé.

Non, on est pas en zone de guerre, c'est juste un feu d'artifice que j'ai essayé de photographier de la fenêtre...

Qui dit matsuri, dit yukata, ce kimono estival dont le nom en kanji signifie "vêtement de bain" puisque c'était l'usage qui était réservé à ce vêtement autrefois - et encore maintenant, on vous en prête une version simplifiée quand vous séjournez dans un onsen. Avec le temps il a gagné en popularité et est devenu le vêtement de prédilection des gens qui visitent les matsuri et autres événements festifs d'été.

Contrairement au kimono, le yukata est porté avec un fond de robe simple sans col et un obi (ceinture) léger, non-rembourré et moins large que la plupart des obi à kimono. En général les yukata sont plus colorés et festifs que les kimonos, quoi que ce ne soit pas toujours le cas. Un yukata peut être porté en guise de kimono si sa texture et son style s'y prête, mais le contraire est impossible.


En tout cas. J'y connais pas grand chose, mais je trouve ça très beau. J'avais porté un yukata à quelques reprises pour aller voir les feux d'artifice il y 2 ans. J'avais appris grâce à Youtube et 2-3 heures de pratique comment le porter et attacher le obi, mais c'était loin d'être parfait.

Cette année, j'ai décidé d'apprendre à porter correctement non seulement le yukata, mais le kimono. J'ai hésité auparavant parce que je me disais qu'une blanche en kimono ça paraissait bizarre mais finalement je m'aperçois que les Japonais ne pensent pas du tout comme ça et que même beaucoup de gens ont de l'admiration et du respect pour quiconque s'intéresse à leur culture et à l'apprentissage de techniques liées aux arts traditionnels.

Tant qu'à apprendre, j'allais apprendre correctement -- au diable Youtube et les manuels d'apprentissage en photos, j'y comprends rien! J'ai cherché des leçons et j'ai finalement trouvée une dame qui donne des cours en anglais chez elle et qui adapte ses leçons aux besoins de sa clientèle. Elle permet aussi à ses clients d'utiliser certains de ses propres kimonos ou items pendant la leçon, question d'essayer avant de se jeter dans les dépenses, qui peuvent être considérables si on porte certains types de kimono. En cherchant en ligne j'ai réalisé qu'il existe des cours avec certificat d'attestation pour les "habilleuses" (entre autres pour les mariages et les studios de photographie), des cours qui doivent être suivis au moins pendant 7 mois pour s'assurer qu'on connait toutes les règles détaillées du port de kimono, car protocole il y a, du moins dans les situations formelles.



Le kitsuke, le port du kimono, n'est plus très à la mode et on comprend pourquoi quand on se retrouve avec une liste d'une vingtaine d'items à se procurer "pour la leçon de base"...
Ma prof a ajouté à la fin du courriel un "Don't be scared!" bien choisi parce que je commençais à me demander dans quoi je me lançais. "Si tu as des dames japonaises plus âgées autour de toi, demande-leur si elles n'ont pas des items à te donner dont elles ne se servent plus". Quelle bonne idée! La grand-mère de Tetsuo est décédée depuis quelques années et son passe-temps était la teinture et la fabrication de kimonos. J'ai poliment demandé à ma belle-mère si elle pouvait me prêter quoi que ce soit et elle était plus que contente de me donner presque tous les items dont j'avais besoin, avant d'ajouter : "Dommage que Grand-mère ne soit plus là, je suis sûre qu'elle te fabriquerait un kimono".

Le cours devait durer deux heures, mais ma prof m'a généreusement gardée une heure de plus parce qu'elle voulait me montrer assez de techniques pour que je sois capable de porter un kimono tout de suite, avec un peu de pratique à la maison. En fait, elle est vraiment passionnée par les kimonos et je crois que ça lui fait réellement plaisir de donner ce cours. Elle est immensement patiente et donne de bonnes astuces et de bonnes adresses pour acheter sans se ruiner.  Pour ceux que ça intéresse, visitez son site ; pour les touristes elle offre aussi des cours simples pour apprendre la base en une visite.

J'ai vraiment aimée mon expérience et je retournerai apprendre comment porter des obi plus compliqués quand il fera moins chaud, car la chaleur accablante de la fin du mois de juillet et du mois d'août explique bien après tout pourquoi on préfère généralement le yukata léger au kimono en été.

Première tentative, chez la prof.

Pratique à la maison... Il y a encore des problèmes, mais bon je suis fière de moi, ça a pas l'air trop fou.
La boucle du obi.


J'ai essayé un ensemble différent aujourd'hui.