samedi 13 août 2016

Obon dans les montagnes

Nous sommes en plein Obon, la fête des ancêtres ou fête des morts, au sujet de laquelle je ne peux expliquer grand chose puisqu'elle est fêtée très différemment selon les régions. J'ai par contre trouvé cette charmante histoire sur Wikipedia:
 «O-Bon est un diminutif pour le mot Urabonne/Urabanna (于蘭盆会/盂蘭盆会) qui dérive du nom d'un sûtra, le Ullambana sûtra. « Ullambana » signifie en sanskrit « pendu à l'envers en enfer ». Durant O-Bon, les offrandes faites aux morts permettent d'amoindrir la douleur de ces âmes en peine. 
La légende associée à O-Bon veut que Mokuren, un disciple de Shakyamuni, ait eu une vision de sa défunte mère, tourmentée dans le Royaume des Esprits Affamés, où elle payait pour son égoïsme. Bouleversé, il alla demander au Bouddha comment il pourrait sauver sa mère de ce royaume. Bouddha lui répondit : « Au quinzième jour de juillet, fais donner une grande fête en l'honneur des sept dernières générations de morts. » Le disciple fit comme demandé et de ce fait, libéra sa mère. Il découvrit par la même occasion l'abnégation dont avait fait preuve sa mère et les multiples sacrifices qu'elle avait fait pour lui. Le disciple, heureux de la libération de sa mère et reconnaissant envers celle-ci pour sa gentillesse, dansa de joie. De cette danse de joie vient le Bon Odori
Je ne participe pas aux danses Bon organisées dans chaque quartier ces jours-ci, mais j'ai quand même de quoi me réjouir puisqu'on avait une semaine entière de congé, ce qui n'arrive que deux fois par ans dans ma compagnie. Tetsu et moi sommes donc partis quelques jours dans les montagnes de Nagano, plus précisément dans la ville de Hakuba, surtout connue pour ses pentes de ski et plutôt calme en été.

Vue de la chambre d'hotel.
En été le principal attrait de Hakuba est qu'on a accès à plusieurs belles montagnes pour faire de la marche (des autobus vous y mènent gratuitement ou pour peu). Pour accéder plus facilement à des plateaux il est possible même en été de prendre les remonte-pentes, mais renseignez-vous avant de vous y rendre: plusieurs parcs demandent entre 2000¥ et 3000¥ par personne pour monter. C'est très cher!

Devant le centre d'information touristique, on peut prendre plusieurs autobus vers les montagnes.

Nous avons noté que l'affichage est en japonais et en anglais à peu près partout à Hakuba et dans les environs et qu'il y avait beaucoup de chalets qui semblaient appartenir à des compagnies étrangères. Selon les sites de réservation d'hotel, c'est une région très visitée par les touristes européens et nord-américains. À noter que plusieurs installations des jeux olympiques de Nagano 1998 sont encore là, tous les hotels ont leurs vieilles affiches en couleurs pas belles... 

Ça m'a rappelé qu'en 1998 j'étais en sixième année et mon école primaire venait de faire l'acquisition d'ordinateurs et de créer un laboratoire informatique dans l'ancienne salle de musique. On avait une période "informatique" mais je crois que les profs n'y comprenaient rien et nous avaient simplement assis devant les ordis, ouvert Internet Explorer et dit de «faire une recherche sur un sport olympique à Nagano». Je me rappelle pas quel sport j'avais choisi, mais je me rappelle que sur le site officiel des JO il y avait un jeu ou il fallait faire skier un genre de hibou et que j'avais sûrement fait ça durant tout le cours...

Genre un browser de même...

Pis la mascotte des JO de Nagano. Hop, la bière! Aucun rapport avec le sport, mais très Japonais!

En tout cas, pour revenir à nos hiboux... euh... moutons...


MEEEEEEEUH!


Pour revenir à la marche en montagne, finalement on a choisi le Kitaone Kogen Highland parce que le site promettait un bon 80 minutes de marche avec une belle vue (et qu'ils ont eu Tetsu dès qu'ils ont dit le mot "bière", qui serait disponible en vente au sommet). C'était très beau mais la marche durait un gros 25 minutes plutôt qu'un bon 80 minutes, donc il a fallu repenser nos plans pour la journée. Voici les photos du Highland.









Il était juste midi donc Tetsu a laissé tomber la bière et on a pris la voiture pour aller à Togakushi, connue pour son temple, sa "maison du ninja" et ses nouilles soba. Une heure trente en voiture dans les petites routes à flanc de montagne pour découvrir qu'il y avait tellement de monde partout qu'on ne pouvait stationner nulle part, ni pour voir le temple, ni pour la maison du ninja. On s'est rabattu sur le soba et on a choisi un resto connu qui fabrique ses propres nouilles, ce qui nous a fallu une bonne heure d'attente en file, mais ça va, la nourriture était bonne.

Sur le chemin du retour, j'ai remarqué plusieurs voitures stationnées dangereusement le long des petites routes, dans des tournants, des côtes, entre deux villages, etc. En regardant alentour, j'ai compris: puisque c'est Obon, les gens viennent nettoyer les tombes de leurs ancêtres. Dans ce genre de patelin, les tombes sont souvent situées le long des routes, séparées en petits groupes ou seules, accompagnées de statues de Jizo, le protecteur. (Voir les photos suivantes)



 Dans certaines régions, on brûle un petit fagot devant la porte de la maison ou la tombe.






Dans les villages, nous avons croisé plein de vieillards qui se déplaçaient de peine et de misère dans la chaleur, à pied ou en fauteuils roulants motorisés, pour visiter les tombes. Ça faisait pitié un peu, mais j'imagine qu'ils y tiennent à ce point, que c'est une tradition importante pour eux.





Ce fut un agréable voyage en tout cas, je vous laisse sur des photos de villages dans Nagano et de fleurs d'hydrangées, en pleine floraison.


















samedi 30 juillet 2016

Ariane apprend à porter un kimono

Tokyo, au loin, vue du balcon.
La saison des pluies est officiellement terminée à Tokyo, depuis hier ou avant-hier, je crois. On entend les cigales en continu et les grillons la nuit.


C'est aussi la saison des matsuri (les fêtes de quartier) et des feux d'artifice, qui commencent généralement vers 19h30. Il y en a presque tous les soirs depuis une semaine puisque les congés scolaires ont commencé.

Non, on est pas en zone de guerre, c'est juste un feu d'artifice que j'ai essayé de photographier de la fenêtre...

Qui dit matsuri, dit yukata, ce kimono estival dont le nom en kanji signifie "vêtement de bain" puisque c'était l'usage qui était réservé à ce vêtement autrefois - et encore maintenant, on vous en prête une version simplifiée quand vous séjournez dans un onsen. Avec le temps il a gagné en popularité et est devenu le vêtement de prédilection des gens qui visitent les matsuri et autres événements festifs d'été.

Contrairement au kimono, le yukata est porté avec un fond de robe simple sans col et un obi (ceinture) léger, non-rembourré et moins large que la plupart des obi à kimono. En général les yukata sont plus colorés et festifs que les kimonos, quoi que ce ne soit pas toujours le cas. Un yukata peut être porté en guise de kimono si sa texture et son style s'y prête, mais le contraire est impossible.


En tout cas. J'y connais pas grand chose, mais je trouve ça très beau. J'avais porté un yukata à quelques reprises pour aller voir les feux d'artifice il y 2 ans. J'avais appris grâce à Youtube et 2-3 heures de pratique comment le porter et attacher le obi, mais c'était loin d'être parfait.

Cette année, j'ai décidé d'apprendre à porter correctement non seulement le yukata, mais le kimono. J'ai hésité auparavant parce que je me disais qu'une blanche en kimono ça paraissait bizarre mais finalement je m'aperçois que les Japonais ne pensent pas du tout comme ça et que même beaucoup de gens ont de l'admiration et du respect pour quiconque s'intéresse à leur culture et à l'apprentissage de techniques liées aux arts traditionnels.

Tant qu'à apprendre, j'allais apprendre correctement -- au diable Youtube et les manuels d'apprentissage en photos, j'y comprends rien! J'ai cherché des leçons et j'ai finalement trouvée une dame qui donne des cours en anglais chez elle et qui adapte ses leçons aux besoins de sa clientèle. Elle permet aussi à ses clients d'utiliser certains de ses propres kimonos ou items pendant la leçon, question d'essayer avant de se jeter dans les dépenses, qui peuvent être considérables si on porte certains types de kimono. En cherchant en ligne j'ai réalisé qu'il existe des cours avec certificat d'attestation pour les "habilleuses" (entre autres pour les mariages et les studios de photographie), des cours qui doivent être suivis au moins pendant 7 mois pour s'assurer qu'on connait toutes les règles détaillées du port de kimono, car protocole il y a, du moins dans les situations formelles.



Le kitsuke, le port du kimono, n'est plus très à la mode et on comprend pourquoi quand on se retrouve avec une liste d'une vingtaine d'items à se procurer "pour la leçon de base"...
Ma prof a ajouté à la fin du courriel un "Don't be scared!" bien choisi parce que je commençais à me demander dans quoi je me lançais. "Si tu as des dames japonaises plus âgées autour de toi, demande-leur si elles n'ont pas des items à te donner dont elles ne se servent plus". Quelle bonne idée! La grand-mère de Tetsuo est décédée depuis quelques années et son passe-temps était la teinture et la fabrication de kimonos. J'ai poliment demandé à ma belle-mère si elle pouvait me prêter quoi que ce soit et elle était plus que contente de me donner presque tous les items dont j'avais besoin, avant d'ajouter : "Dommage que Grand-mère ne soit plus là, je suis sûre qu'elle te fabriquerait un kimono".

Le cours devait durer deux heures, mais ma prof m'a généreusement gardée une heure de plus parce qu'elle voulait me montrer assez de techniques pour que je sois capable de porter un kimono tout de suite, avec un peu de pratique à la maison. En fait, elle est vraiment passionnée par les kimonos et je crois que ça lui fait réellement plaisir de donner ce cours. Elle est immensement patiente et donne de bonnes astuces et de bonnes adresses pour acheter sans se ruiner.  Pour ceux que ça intéresse, visitez son site ; pour les touristes elle offre aussi des cours simples pour apprendre la base en une visite.

J'ai vraiment aimée mon expérience et je retournerai apprendre comment porter des obi plus compliqués quand il fera moins chaud, car la chaleur accablante de la fin du mois de juillet et du mois d'août explique bien après tout pourquoi on préfère généralement le yukata léger au kimono en été.

Première tentative, chez la prof.

Pratique à la maison... Il y a encore des problèmes, mais bon je suis fière de moi, ça a pas l'air trop fou.
La boucle du obi.


J'ai essayé un ensemble différent aujourd'hui.

dimanche 3 juillet 2016

Hakodate



Nous revenons d'un voyage de 4 jours à Hakodate, la 3e ville en importance de Hokkaido.
Située dans la baie au sud de Hokkaido, Hakodate a été la porte d'entrée des Japonais d'abord (puisque la nation Ainu y habitait bien avant eux) puis des étrangers suite à l'ouverture forcée par l'amiral Perry de ports d'escale en terre japonaise, à la moitié du 19e siècle.

Je voulais depuis longtemps visiter Hakodate, qui a la réputation d'être très belle. Voici quelques photos...

Vue de nuit du Mont Hakodate

Les hangars rouges du vieux port

Anciens magasins d'expo-import dans le vieux port

Vue du vieux port

Côte de Motomachi

Ancien consulat anglais

Ancien hôtel de ville

Vue de l'ancien hôtel de ville

Un des nombreux temples de Motomachi

Vue des portes du temple

Vue du temple

Cimetière des Chinois

Cimetière des "étrangers"

Ancienne maison du magistrat, dans le fort Goryokaku

Douves du Goryokaku

Plan du Goryokaku,  premier fort "à l'européenne" du Japon


Ancienne maison du magistrat (vue de face)





Le transport dans la ville se fait facilement grâce à une ligne de tramway qui la traverse. Il y a aussi des autobus, mais leur passage est plutôt rare (1 à 3 fois l'heure, plutôt qu'aux 5-10 minutes pour le tramway). Une passe tramway journalière est disponible au coût de 600¥.

À Hakodate, et Hokkaido en général, il fait plus frais qu'à Tokyo. Alors qu'il faisait 31 degrés à Tokyo, à Hakodate la température a rarement grimpé au dessus de 22 Celsius de jour et la nuit il faisait franchement "frette" : le soir où nous nous sommes rendus au sommet de Hakodate-san, il faisait près de 5 degrés avec le vent! Il y a une salle chauffée dans l'observatoire mais c'était difficile de relaxer là avec les centaine de touristes excités qui poussent pour avoir accès à une des fenêtres.  La vue en valait franchement la peine, par contre. La guide disait que la visibilité n'est bonne qu'un soir sur quatre, donc nous avons été chanceux. 

Hakodate est connue pour les fruits de mer frais, particulièrement le calmar, qui est pêché dans la baie en cette saison (juillet, aout). On pouvait voir au loin les bateaux de pêche au calmar qui scintillaient la nuit car on attire les calmars à la surface de l'eau en allumant des lumières blanches. Magnifique.



D'ailleurs, les fruits de mer étaient très bons.



Ceci dit, je ne conseillerais la ville qu'à deux types de visiteurs: ceux qui sont férus d'histoire (car en plus d'avoir été un des ports ouverts aux étrangers quand le pays était fermé, la ville a été le théâtre d'une bataille importante qui marquera la fin de l'époque Edo et le début de Meiji -- voir Wikipedia) ou bien ceux qui veulent relaxer dans un onsen.

La ville comporte un quartier appelé Yunokawa, où l'on trouve des dizaines de onsen (bains thermaux naturels). Apparemment c'est un lieu assez connu car on raconte qu'au 17e siècle le seigneur du clan Matsumae aurait été guéri d'une maladie grave en se baignant dans ces eaux. Nous sommes restés dans un très beau hôtel-onsen de ce quartier, avec vue sur la mer et juste pour ça, le voyage en a valut le coup.








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dimanche 19 juin 2016

Ah non! C'est l'été!

En sortant sur le balcon, je pense : « Ah! Ça sent l’automne! Yay! » , mais tout de suite après je me rappelle qu’on est à la mi-juin et qu’il reste, hélas, l’été qui vient à peine de commencer.

Tapez "vive l'été" sur Google images pour accéder au festival du bon goût.


Je suis certaine que mes amis du Québec trouvent ce commentaire bizarre, comme moi-même je l’aurais trouvé saugrenu il y a quatre ans, ou peut-être même deux ans. Les 25 premières années de ma vie, ou en tout cas, du moment ou j’ai commencé à avoir conscience des saisons, j’ai toujours été soulagée à l’arrivée du printemps et chaque été était à l’image des fleurs qu’il fait éclore : attendu, vivant, coloré. À l’école primaire et secondaire, on décomptait les jours depuis mai jusqu’au dernier jour de semaine avant la Saint-Jean-Baptiste, cloche annonçant la fin de l’année scolaire.
Il faut bien en profiter, au Québec, on a que 2-3 mois d’été et le reste c’est l’hiver. L’automne? Pré-hiver. Le printemps? Aussi bien ne pas utiliser ce mot tant qu’il y a de la neige pognée en mottons dans le fonds des parcs, ce qui se trouve encore au début mai…

Image random prise sur http://ericfranceschi.com/dotclear123/


En tout cas, pour en revenir à nos moutons, l’été japonais lui est au contraire un peu craint : je connais beaucoup de Japonais qui clament haut et fort que c’est une saison qu’ils détestent. À mon arrivée ici, je les regardais un peu comme s’ils étaient fous et je pensais: « c’est que vous avez pas un hiver comme nous, au Québec! HA! » , mais admettons que c’est un peu con de penser comme ça. J’imagine que j’étais un peu comme les gens nouvellement installés au Québec qui sont enchantés devant les premières neiges et qui mettrons quelques mois ou quelques années (selon la proximité à une station de métro) avant de sacrer contre l’hiver et de souhaiter qu’on les achève au plus vite dès la fin novembre.

En fait, l’été japonais, en tout cas à Tokyo et dans la majorité des grandes villes (peut-être que l’île de Hokkaido y échappe un peu) est tout simplement trop chaud et trop humide. Tellement trop que c’est vraiment « pas l’fun ». On suffoque, on sue, les petites madames s’essuient avec leurs belles débarbouillettes toutes les 20 secondes et moi qui pensais que je suais pas tant que ça en général j’ai dû rayer ça de ma liste de qualités et je commence à croire aux licornes quand je cherche des bâtons de déo à la pharmacie et qu’il n’y a qu’une ou deux marques et que tous les japonais que je connais me disent que c’est parce qu’il y a personne qui porte ça, du déo, ici. Et très peu de gens empestent la sueur. Tiens, une autre différence physiologique (parce que je suis pas assez complexée par mon gros nez?…). 

Salut, je suis la section déodorants pour femmes.


Bon, ne soyons pas de mauvaise fois, il y a quand même des aspects positifs à l’été japonais.
Liste à l’appui:
  • On peut manger de la crème glacée! Le Japon est probablement le pays qui produit la plus grande diversité de saveurs pour ce désert, du classique thé vert macha à la crème glacée au sel de mer, au poulpe, au porc, aux morceaux d’or...
  • On peut entendre le son des petits carillons que les gens accrochent à leur perron ou à leur fenêtre, charmant hymne à l’été. On me dit que c’est un son qui apaise et qui rafraichit…
  • On peut participer aux « matsuri », des festivals de quartier ou liés à une divinité locale. Selon l’emplacement et l’occasion on y trouvera des stands qui vendent du yakisoba (nouilles grillées), des bananes au chocolat, des masques en plastique pour les enfants, des petits poissons vivants qu’on peut pêcher pour ramener à la maison et laisser crever sur un comptoir parce que personne n’a d’aquarium…. (hum hum). Au matsuri, on pourra probablement aussi voir des danses traditionnelles hypnotisantes.
  • Ce qui m’emmène à mon préféré, on peut porter ou simplement admirer les gens qui portent des yukata, sorte de kimono d’été, généralement plus colorés et beaucoup plus légers que ceux-ci. J’ai développé une genre d’obsession pour ces vêtements et j’en parlerai sûrement dans une entrée de blogue à venir…


La saison des pluies commence cette semaine et durera 2 ou trois semaines. Souhaitez-moi bonne chance pour les deux mois à venir!